Ce qu'ils n'ont pas pu nous prendre de Ruta Sepetys

L'auteur, Ruta Sepetys, est née dans le Michigan dans une famille dont le grand-père lituanien était menacé de mort par Staline. En visite auprès de sa famille lituanienne, elle demande à voir des photos d'époque de son père et de ses grands-parents. A sa grande surprise, elle découvre qu'elles ont toutes été brûlées car "personne ne devait savoir que nous étions de leur famille".

 

Cela sera la clé de départ de l'écriture de ce roman "Ce qu'ils n'ont pas pu nous prendre" (2011), un premier roman d'une force inimaginable sur la déportation des peuples des pays baltes de 1940 au milieu des années 1950. 

 

Résumé - impressions :

 

Dans la nuit du 14 juin 1941, le NKVD, la police secrète soviétique frappe à la porte de la famille Vilkas. Jonas, 10 ans et Lina, 15 ans, regardent leur mère Elena qui décide d'ouvrir la porte. Ils sont tous les trois arrêtés et conduits dans des wagons à bestiaux. Leur père, doyen de l'université, n'est pas rentré ce soir là. Lui aussi a été arrêté.

 

Au total, plus d'un millions d'opposants au régime soviétique et des intellectuels furent déportés avec femmes et enfants vers les goulags de la Sibérie. Cette tragédie peu connue a touché de plein fouet les trois pays baltes : la Lituanie, La Lettonie et l'Estonie. Au même moment, le régime nazi persécutait et exterminait les Juifs d'Europe.       

 

Le récit est construit autour de Lina, une adolescente de quinze ans, douée pour le dessin et qui admire les tableaux d'Edvard Munch, un peintre norvégien, qui peint les choses telles qu'il les voit. Avec son crayon, elle saisit les scènes atroces pour que ses croquis servent de témoignages et aussi pour exhorciser sa peur. Elle utilise aussi ses dons pour transmettre l'espoir en gravant sur des morceaux de bois ou sur un mouchoir les emblèmes de la Lituanie, car Staline n'arrivera pas à briser ces peuples fiers et courageux.

 

Malgré la terreur, les privations, les durs labeurs, la maltraitance, le froid, la faim, l'insalubrité, l'épuisement durant leur trajet dans les wagons, dans le kolkhoze de l'Altaï ou à Trofimosk au delà du cercle polaire arctique, Lina et ses compagnons d'infortune (Andrius, Madame Rimas, Janina, l'homme à la montre, Mlle Grybas) ont su garder l'espoir et s'entraider. Ils ont préservé leur âme et leur amour de leur pays et de leurs prochains.  

Les personnages sont fictifs mais Ruta Sepetys a retranscrit des faits réels qu'elle a recueilli auprès d'anciens déportés, des historiens et des psychologues. Les survivants qui sont revenus ne s'exprimèrent qu'après la chute de l'URSS d'où la méconnaissance de cet épisode de l'Histoire.

 

Un récit poignant de résistance où nous ne pouvons que suivre les conseils d'Andrius, ce jeune homme de dix-sept ans : "Ne leur donne rien Lina. Même pas ta peur".             

Pour aller plus loin :

 

Pour en savoir plus sur la Lituanie (Maison des Français de l'étranger) et sur les déportations soviétiques de Lituanie  par Philippe Edel, directeur des Cahiers lituaniens.

 

 

Tableau Cendres / Edvard Munch, 1894, Galerie nationale d'Oslo