La Légèreté de Catherine Meurisse

Catherine Meurisse au Salon du livre de Paris en mars 2010 [Licence creative commons]
Catherine Meurisse au Salon du livre de Paris en mars 2010 [Licence creative commons]

Après un choc émotionnel lié à un attentat, comment peut-on reprendre le cours de sa vie ?  

 

Le 7 janvier 2015, la vie de Catherine Meurisse, dessinatrice de presse à Charlie Hebdo bascule. Arrivée en retard pour la conférence de rédaction du journal, elle ne voit que les deux djihadistes s'enfuir. Parmi l'équipe du journal, huit personnes sont tuées et quatre sont blessées. Dès lors, le cri silencieux du tableau d'Edouard Munch retentit. 

Quelques jours plus tard, elle participe au numéro 1178 de Charlie Hebdo, "le numéro des survivants".  

 

A partir de ce moment, commence pour Catherine Meurisse un long travail psychologique.  

 

Résumé - impressions :

 

Catherine Meurisse est sur une plage de l'océan, elle regarde l'horizon. Il a toujours existé, il est immuable, il sera toujours là.

Entrée au journal à 25 ans, Catherine est la seule fille permanente du journal. Elle s'y est construite sous la houlette d'humoristes fameux : Cabu, Wolinski, Charb, Tignous, Honoré. Disparus tragiquement, Paris et toute la France sont Charlie Hebdo. Paradoxalement, Catherine se sent seule, éperdument seule : "la légèreté, c'est tout ce que j'ai perdu le 7 janvier et que j'essaie de retrouver... La légèreté, c'est aussi le dessin".

 

L'inspiration aussi s'est envolée et elle doit revenir aux fondamentaux. Sous protection policière, la vie s'organise mais ne reprend pas. Un voyage à Cabourg à la recherche de Marcel Proust n'y changera rien. Catherine ne sait plus qui elle est.

Pour faire face à sa détresse, Catherine décide de prendre le remède de l'art et décide d'aller voir Oblomov de l'écrivain russe Ivan Gontcharov (1859) où le héros préfère une vie humble et modeste à la passion. Les aléas avec sa propre vie s'y entremêlent.

Retour à la nature, retour sur les lieux du massacre jusqu'à la foudroyante annonce des attentats du Bataclan en novembre 2015.

 

Catherine décide alors de séjourner à la Villa Médicis à Rome qui abrite des artistes et incarne la beauté, les arts, la mémoire. A la recherche du syndrome de Stendhal, pour annuler le syndrome du 7 janvier, Catherine visite les musées, les lieux antiques où guerres et vengeances sont omniprésentes.

Dans l'atelier d'Ingres, dans les jardins de la villa, Catherine reprend son souffle et entrevoit enfin un effet bénéfique. Plus tard, une visite devant Le Radeau de la Méduse au Louvre lui ouvrira les portes du sauvetage avec le bateau L'Argus à l'horizon jusqu'à la vision lumineuse du tableau du Caravage : La Diseuse de bonne aventure

 

Et le poème de Mustafa Ourrad, le correcteur de Charlie hebdo, décédé lors des attentats, qu'il lui avait récité pour la nouvelle année, revient en mémoire à Catherine : 

"Envole-toi bien loin de ces miasmes morbides ;

Va te purifier dans l'air supérieur,

Et bois, comme une pure et divine liqueur, 

Le feu clair qui remplit les espaces lipides !"        

Elevation, Charles Baudelaire 

  

Pour aller plus loin :

 

Causerie sur Delacroix

Mes hommes de lettres

Savoir-vivre ou mourrir

Le pont des arts

Moderne Olympia

Scènes de la vie hormonale

 

Un article : Catherine Meurisse, je suis débout/ Quentin Girard, Libération, 3 mai 2016

La version web du journal Charlie Hebdo